AMANDINE COUVIDOUX

Le guide

Attachement anxieux : connaître son style ne suffit pas

Tu as fait le test en ligne. Le résultat est tombé : attachement anxieux. Sur le moment, ça t'a soulagée, enfin un mot. Et puis le soir suivant, quand il n'a pas répondu, tu as refait exactement la même chose. Voilà ce que dit vraiment la théorie de l'attachement, et pourquoi c'est ton corps qui a la clé.

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En bref

L'attachement anxieux est l'un des styles d'attachement décrits par la recherche : une grande peur d'être moins aimée ou laissée, et un besoin fort d'être rassurée. Ce n'est pas un diagnostic, c'est une façon de réagir dans les relations proches. Connaître son style aide à comprendre, mais ce que j'observe, c'est que la réaction vient du corps, et qu'elle change quand ton corps se sent en sécurité.

C'est quoi, la théorie de l'attachement ?

Elle vient d'un psychiatre et psychanalyste anglais, John Bowlby. À partir de la fin des années 1950, il décrit le besoin du jeune enfant de rester proche d'une figure qui le protège, le plus souvent sa mère. Pour lui, ce lien n'est pas un caprice ni un simple effet du fait d'être nourri : c'est un besoin à part entière.

Sa collègue Mary Ainsworth observe ensuite des bébés séparés quelques minutes de leur mère, puis réunis. Elle voit plusieurs façons de réagir. Certains enfants pleurent, se laissent consoler et repartent jouer. D'autres s'accrochent et ont du mal à être rassurés. D'autres encore font comme si de rien n'était.

En 1987, deux chercheurs américains, Cindy Hazan et Phillip Shaver, proposent de regarder l'amour adulte avec la même grille. C'est de là que viennent les styles d'attachement dont tout le monde parle aujourd'hui : sécure, anxieux, évitant, et une forme plus mêlée qu'on appelle désorganisée ou craintive. La plupart des chercheurs les mesurent aujourd'hui comme deux curseurs plutôt que comme des cases : l'anxiété dans la relation, et l'évitement de la proximité.

Les signes d'un style d'attachement anxieux

Ce que les études décrivent, je l'entends presque mot pour mot au premier appel :

  • la peur qu'il t'aime moins, ou qu'il finisse par partir,
  • un message sans réponse qui te retourne le ventre,
  • avoir besoin d'être rassurée, et t'en vouloir de le demander,
  • remarquer le moindre changement de ton, le moindre retard,
  • t'adapter beaucoup pour garder le lien, jusqu'à t'oublier.

Si tu te reconnais, ça ne fait pas de toi quelqu'un de « trop » ou de « cassé ». Ça veut dire que ton corps a appris, à un moment de ta vie, que le lien pouvait se perdre, et qu'il veille sur lui de très près.

Pourquoi connaître son style d'attachement ne suffit pas

Beaucoup de femmes arrivent chez moi avec le mot déjà en tête. Elles ont lu les livres, fait les tests, écouté les podcasts. Certaines ont fait des années de thérapie. Elles savent qu'elles ont un attachement anxieux, elles savent d'où il vient.

Et pourtant, un mardi à 23 h, quand le message reste sans réponse, rien de tout ça n'est là. Le ventre se serre, le souffle se coupe, et la tête arrive après avec ses scénarios. Savoir que tu as un attachement anxieux ne t'empêche pas de relire la conversation trois fois.

Tu as tout compris. Et pourtant, ça recommence.

C'est normal. Ton style d'attachement n'est pas d'abord une idée. C'est une façon dont ton corps réagit quand le lien semble menacé. Une alarme, on ne l'éteint pas en lui expliquant les choses.

Je le sais parce que je l'ai vécu. Pendant des années, j'ai été celle qu'on appelle, jamais celle qu'on choisit. J'avais tout lu, tout compris. Mon corps, lui, n'avait pas bougé.

Comment sortir de l'attachement anxieux

Bowlby pensait déjà que nos façons de nous attacher ne sont pas figées, et qu'elles peuvent évoluer au fil des relations. Ce que j'ajoute, à partir de ce que je vois depuis 2016, c'est que ce changement passe par le corps. Il se fait quand ton corps vit la sécurité, assez souvent pour qu'elle devienne son état normal. Avec les femmes que j'accompagne, ça se passe en général dans cet ordre :

  1. Ton corps sort de l'alerte

    On repère où l'inquiétude se loge chez toi, et on relâche cette tension. Tu respires mieux. Le message sans réponse redevient un message sans réponse.

  2. Les vieux réflexes se défont

    Tu ne t'organises plus autour de lui. Tu sens le moment où tu allais t'oublier pour garder le lien, et tu restes avec toi.

  3. La sécurité vient de toi

    Tu n'attends plus qu'il te rassure pour te sentir bien. Tu peux demander ce dont tu as besoin, sans peur qu'il parte.

Ce n'est pas un effort de volonté, ni un nouveau test à réussir. C'est ce que j'appelle la sécurité intérieure. Je t'explique comment je travaille dans la page sur la régulation somatique.

Avant« J'étais dans un cercle vicieux de pensées négatives et je m'en rendais pas forcément compte. »

Aujourd'hui« On se sent légère, et enfin on est soi-même. »

Phrases tirées de son entretien vidéo, avec son accord. Résultat individuel, non garanti.

Par où commencer

Le mot « attachement anxieux » décrit une tendance. Il ne dit pas ce que ton corps à toi rejoue : certaines guettent, d'autres s'effacent, d'autres se ferment dès que ça devient sérieux.

J'ai fait un test pour ça : en quelques minutes, tu sais pourquoi tu retombes toujours dans les mêmes histoires, et par où commencer. Tu peux aussi lire ce qui se passe avec la peur de l'abandon, ou quand l'angoisse monte dès qu'il ne répond pas.

Sources : John Bowlby, Attachment and Loss, volume 1, Attachment, Hogarth Press, 1969. Mary Ainsworth et al., Patterns of Attachment, Lawrence Erlbaum, 1978. Mary Main et Judith Solomon, « Discovery of an insecure disorganized/disoriented attachment pattern », dans Affective Development in Infancy, Ablex, 1986. Cindy Hazan et Phillip Shaver, « Romantic love conceptualized as an attachment process », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 52, n° 3, 1987. Kim Bartholomew et Leonard Horowitz, « Attachment styles among young adults », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 61, n° 2, 1991. Kelly Brennan, Catherine Clark et Phillip Shaver, « Self-report measurement of adult attachment », dans Attachment Theory and Close Relationships, Guilford Press, 1998. Ces travaux décrivent des tendances, ils ne servent pas à poser un diagnostic.

Ce contenu ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un psychologue. Si tu vis des violences dans ton couple, le 3919 est gratuit et anonyme.

Tes questions

Les questions qu'on me pose le plus

Quels sont les styles d'attachement ?

On parle le plus souvent de quatre styles : sécure, anxieux, évitant, et désorganisé (proche de ce qu'on appelle craintif chez l'adulte). Ils viennent d'abord des observations de jeunes enfants avec leur mère, faites par Mary Ainsworth puis Mary Main, avant d'être étudiés chez l'adulte en couple à partir de 1987.

Comment savoir si j'ai un attachement anxieux ?

Les chercheurs utilisent des questionnaires précis, qui mesurent surtout deux choses : à quel point tu as peur d'être moins aimée, et à quel point tu évites la proximité. Les tests qu'on trouve en ligne donnent une idée, pas un diagnostic. Le plus parlant reste ce que ton corps fait quand l'autre s'éloigne.

Est-ce qu'on peut passer d'un attachement anxieux à un attachement sécure ?

Bowlby lui-même pensait que nos façons de nous attacher pouvaient évoluer au fil des relations. Je ne te promettrai pas de délai ni de résultat. Ce que je vois chez les femmes que j'accompagne, c'est que l'alarme prend beaucoup moins de place quand leur corps vit la sécurité, encore et encore.

Pourquoi les personnes à l'attachement anxieux tombent sur des hommes évitants ?

Je ne vais pas te donner de règle. Ce que j'entends très souvent, c'est que l'homme qui souffle le chaud et le froid est familier pour le corps, et que le familier lui paraît plus sûr qu'un inconnu. Quand l'autre se retire, l'alarme monte, et quand il revient, le soulagement ressemble à de l'amour.

L'attachement anxieux vient-il forcément de l'enfance ?

Pour Bowlby, les premières relations jouent un rôle important, parce qu'elles laissent des attentes sur la façon dont les autres vont répondre. Mais les relations vécues plus tard comptent aussi. Je ne cherche pas un coupable dans ton passé. Je regarde ce que ton corps rejoue aujourd'hui.