AMANDINE COUVIDOUX

Schémas amoureux

J'ai tout compris mais je refais les mêmes erreurs en amour

Tu as fait des années de thérapie, tu connais tes blessures par cœur, tu sais pourquoi tu fais ce que tu fais. Et pourtant, au moment où ça compte, tu refais la même chose. Voilà six phrases que j'entends presque mot pour mot au premier appel, et ce que ton corps essaie de te dire à travers elles.

Publié le 16 septembre 20266 min de lecture

En bref

Si tu as tout compris de ton histoire et que tu refais quand même les mêmes erreurs en amour, ce n'est pas que tu n'as pas assez travaillé sur toi. Ta tête a fait son travail. Mais au moment où ça se joue, c'est ton système nerveux qui réagit le premier, et lui n'a pas encore été invité dans ce travail. Tant que ton corps vit l'éloignement de l'autre comme un danger, il garde ses vieux réflexes.

Six phrases que tu as déjà dites

Au premier appel, j'entends souvent les mêmes phrases. Elles viennent de femmes qui ont lu, qui ont consulté, qui ont écrit des carnets entiers sur leur histoire. Des femmes qui gèrent tout de l'extérieur. Je te les ai traduites dans la langue de ton corps, parce que c'est lui qui parle à travers elles.

1. « J'ai fait des années de thérapie et pourtant je retombe toujours dans les mêmes histoires. »

Ta compréhension a avancé. Ton seuil d'alarme, lui, n'a pas bougé.

Ce que tu as fait n'a pas servi à rien. Tu sais d'où tu viens, tu peux nommer ce qui se rejoue. Mais le seuil à partir duquel ton corps se met en alerte est resté le même. Un message lu sans réponse, un week-end où il est moins présent, et ton ventre se serre comme il y a dix ans. Ce seuil ne bouge pas parce qu'on parle de lui.

2. « Je connais mes blessures par cœur mais ça ne change rien quand je rencontre quelqu'un. »

Ta tête a le dossier complet. Ton corps, lui, réagit comme avant.

Tu pourrais raconter ton histoire sans hésiter : la place que tu n'avais pas, le premier qui est parti, ce besoin d'être aimée qui ne te quitte pas. Seulement, quand quelqu'un te plaît, ce n'est pas le dossier qui s'ouvre. C'est ton corps qui reconnaît une situation familière et qui ressort ce qu'il connaît : te rendre agréable, ne pas trop demander, guetter le moindre signe de recul.

3. « Je sais ce que je devrais faire mais je n'arrive pas à l'appliquer. »

Savoir, c'est ta tête. Réagir, c'est ton système nerveux. Et c'est lui qui passe en premier.

À froid, tu sais très bien. Ne pas lui envoyer trois messages d'affilée. Dire que ça ne te convient pas. Partir quand on te traite mal. Mais ce n'est jamais à froid que ça se joue. Ce que j'observe chez les femmes que j'accompagne, c'est que le corps réagit avant la pensée : le cœur qui accélère, la gorge qui se serre. Quand ta tête arrive avec ses bonnes résolutions, tu as déjà répondu, ou déjà dit oui.

4. « J'en ai marre de comprendre, je veux changer. »

Comprendre était une étape. Elle ne suffit pas.

Cette phrase, je l'entends souvent avec de la colère, et je la trouve saine. Elle dit que tu as fait le tour de ce que la compréhension pouvait t'apporter. Ce n'était pas du temps perdu : sans elle, tu ne saurais pas quoi regarder. Mais un livre de plus ou une explication de plus n'éteindra pas l'alarme.

5. « J'ai l'impression d'avoir tout essayé. »

Tu as tout essayé par le haut.

Parler, lire, analyser, écrire, te raisonner, te répéter des phrases positives. Tout ça part de la tête et espère que le corps suive. Il ne suit pas toujours. Ce que tu n'as peut-être pas encore essayé, c'est de partir du corps : sentir où ça se serre, rester avec cette sensation, laisser la tension se relâcher, jusqu'à ce que ton corps vive autre chose que l'alerte.

6. « Je sais pourquoi je fais ça, mais je continue à le faire malgré moi. »

Malgré toi, c'est exactement ça : à ce moment-là, ce n'est pas toi qui décides, c'est ton corps qui se protège.

Il n'y a aucune faiblesse là-dedans. Ton corps a appris, souvent très tôt, que l'éloignement de l'autre pouvait être un danger. Alors il te protège avec ce qu'il connaît le mieux, même quand ça te fait du mal.

« Je sais pourquoi je fais ça, mais je continue à le faire malgré moi. » Traduit par ton corps : ce n'est pas toi qui décides, c'est ton corps qui se protège.

Pourquoi tu refais les mêmes erreurs alors que tu as tout compris

Ces six phrases ont toutes le même point commun : ta tête a fait son travail. Ton corps, lui, n'a pas encore été invité.

Prends un soir ordinaire. Tu lui as écrit en fin d'après-midi. Il est 23 h, toujours rien. Avant même que tu aies formé une pensée, ton ventre se noue. Ensuite seulement, ta tête arrive avec ses histoires : j'en ai trop dit, il se lasse, il va partir. Et là, les vieux réflexes reprennent la main :

Tu le vois faire. Tu sais même d'où ça vient. Et tu le fais quand même. Ce n'est pas un manque de volonté. Une alarme ne s'éteint pas en lui expliquant les choses.

Ce n'est plus dans ta tête. C'est dans ton corps.

J'ai vécu exactement ça. Pendant des années, j'ai été celle qu'on appelle, jamais celle qu'on choisit. J'avais tout lu, tout compris, je me racontais que cette fois ça allait le faire. Et je retombais dans les mêmes histoires, parce que dans mon corps, rien n'avait changé.

Ce qui change quand ton corps est enfin invité

Le jour où le travail est passé par le corps, tout a changé pour moi. J'ai arrêté d'attendre qu'on me choisisse, et mes limites se sont posées toutes seules. Je n'ai pas eu à me forcer. C'était devenu naturel.

C'est ce que je vois aussi chez beaucoup de femmes que j'accompagne. Un message sans réponse ne leur retourne plus le ventre. Le non sort tout seul, sans trois jours de justifications. Elles remarquent le moment où elles allaient s'oublier, et elles restent avec elles. Ce n'est pas qu'elles ont compris quelque chose de nouveau. C'est que leur corps a vécu la sécurité assez souvent pour qu'elle devienne son état normal.

Si tu veux aller plus loin, je t'explique dans mon guide sur les schémas amoureux répétitifs pourquoi ton corps va vers ce qui lui est familier, même quand ça te fait mal.

Laquelle est la tienne ?

Relis les six phrases. Il y en a sûrement une qui t'a fait quelque chose, peut-être un petit pincement, peut-être un soupir. C'est souvent celle-là qui dit le mieux ce que ton corps rejoue.

Le même scénario n'a pas la même source chez toutes les femmes : certaines guettent, d'autres s'effacent, d'autres se ferment. J'ai fait un test pour ça : en quelques minutes, tu sais pourquoi tu retombes toujours dans les mêmes histoires, et par où commencer. Tu arrêtes de te demander ce qui cloche chez toi.

Ce contenu ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un psychologue. Si tu vis des violences dans ton couple, le 3919 est gratuit et anonyme.

Tes questions

Les questions qu'on me pose le plus

Pourquoi je refais les mêmes erreurs en amour alors que j'ai compris mon schéma ?

Parce que comprendre se passe dans ta tête, et que la réaction se passe dans ton corps. Quand il ne répond pas ou qu'il prend de la distance, ton système nerveux sonne l'alarme avant que tu aies pensé quoi que ce soit, et il ressort le réflexe qu'il connaît. Ta compréhension arrive après, quand tu as déjà répondu, déjà dit oui, ou déjà fermé la porte.

Est-ce que mes années de thérapie n'ont servi à rien ?

Non. Grâce à ce travail, tu sais d'où tu viens et tu sais quoi regarder. C'est précieux. Seulement, ce travail parlait surtout à ta tête. Ce qui se déclenche dans ton ventre ou ta poitrine à 23 h ne se règle pas avec une explication de plus. C'est là que le travail par le corps prend le relais.

Comment faire passer ce que je sais dans mon corps ?

En partant du corps plutôt que de la tête. Pendant une séance, tu me parles de ce qui te travaille, une tension apparaît, dans la poitrine, le ventre ou la gorge, et on la laisse se relâcher. Ce que j'observe, c'est que quand ton corps vit la sécurité assez souvent, ce que tu sais déjà finit par se faire tout seul.

Est-ce que je vais finir par changer ?

Je ne te promettrai jamais un résultat ni un délai, personne ne peut le faire honnêtement. Ce que je peux te dire, c'est ce que je vois chez beaucoup de femmes que j'accompagne : quand l'alarme baisse, leurs limites se posent naturellement et elles n'ont plus besoin de s'oublier pour être aimées.

C'est quoi, le seuil d'alarme dont tu parles ?

C'est le moment à partir duquel ton corps se met en alerte. Chez certaines femmes, un message sans réponse pendant deux heures suffit à nouer le ventre. Ce seuil s'est installé avec ton histoire. Comprendre ton histoire ne le déplace pas forcément. Ce qui le déplace, d'après ce que j'observe, c'est que ton corps vive autre chose que l'alerte, encore et encore.